Pour le moments des arguments ont été avancés pour légiférer une loi, (pas comme celle de léonetti, un véritable calvaire). voici ce qui à été avancé par André compte-sponville :
Premier argument :
celui pour lequel il faut une loi, c'est l'idéal républicain. On ne
peut pas accepter qu'une loi soit régulièrement et publiquement violée
sans sanction. A chaque fois qu'un médecin, des dizaines de médecins
aujourd'hui disent « j'ai pratiqué l'euthanasie, je pratique
l'euthanasie, je vais continuer », aucun n'est sanctionné. C'est un
mauvais coup contre la République, contre la démocratie, contre
l'éducation de nos enfants. Il faut, soit sanctionner ces médecins,
soit changer la loi. Je propose qu'on change la loi.
Deuxième argument :
l'euthanasie existe de fait et elle est très loin d'être
exceptionnelle. Je rappelle les chiffres donnés par le professeur
François Lemaire qui dirige le service de réanimation de l'hôpital
Henri Mondor : sur 50 % des décès dans les services de réanimation, 50
% relèvent de l'euthanasie passive, et 10 % du total relèvent de
l'euthanasie active, à savoir d'injections avec intentionnalité de
décès. C'est considérable, 10% ! Autrement dit, quand bien même
l'euthanasie resterait une exception pour la très grande majorité des
médecins, à l'échelle de la société ce n'est plus une exception. Dès
lors, on ne peut plus accepter de laisser cette question dans le
silence de la loi.
Troisième argument :
faire une loi sur l'euthanasie est la seule façon de la contrôler
réellement et de combattre d'éventuelles et déjà réelles dérives. On ne
dira jamais assez qu'il y a dans nos pays des services où l'on pratique
l'acharnement thérapeutique, c'est vrai, mais aussi d'autres services
où l'on pratique l'euthanasie à la sauvette et de manière abusive. On
m'a rapporté un nombre énorme de cas de patients conscients,
euthanasiés sans qu'on leur demande leur avis. Ce n'est pas de
l'euthanasie, c'est un assasinat ! La seule façon de contrôler
l'euthanasie, c'est qu'il y ait une loi : dès lors que l'euthanasie est
censée ne pas exister aucun contrôle n'est possible. Comment
voulez-vous contrôler le néant ? Reconnaissons que l'euthanasie existe,
légiférons justement pour combattre le risque de dérive et pour
instaurer un certain nombre de contrôles en amont et en aval. De ce
point de vue, les exemples des Pays-Bas et de la Belgique sont tout à
fait intéressants.
Quatrième argument :
le plus désagréable, le plus glauque, mais enfin il faut bien en parler
aussi. C'est le coût économique de l'acharnement thérapeutique. Un
médecin me disait que la moitié de ce que dans notre existence, nous
allons coûter à la Sécurité sociale, nous le lui coûterons dans les six
derniers mois de notre vie. Quand c'est pour six mois de bonheur, ou
simplement de bien-être relatif, ceci vaut largement le coût. Quand
c'est pour six mois d'agonie pour quelqu'un qui, au contraire, supplie
qu'on l'aide à mourir, je trouve que c'est payer un peu cher ces six
mois de malheur et d'esclavage.
Cinquième argument :
un argument de justice sociale. On ne peut accepter qu'il y ait dans
notre pays une mort à deux vitesses. Certains, parce qu'ils ont les
moyens de choisir leur clinique, parce qu'ils connaissent des médecins
à l'inverse d'autres, des millions de gens qui ne sont pas maîtres de
leur mort, me paraît un scandale social.
Dernier argument :
nous ne pouvons pas laisser aux médecins ni aux proches des malades le
poids d'une telle responsabilité, ou en tout cas, et pour mieux dire,
nous ne pouvons pas les laisser porter seuls cette responsabilité.
Personne ne peut bien sûr les en dispenser, mais il faut au moins que
le corps social, c'est à dire la démocratie donc la loi dans l'Etat de
droit, assume collectivement cette responsabilité afin que les
médecins, d'une part, et les proches, d'autre part, puissent ensuite
individuellement assumer la charge qui leur revient.
Pas mal hein ??