Dans une dissert 'classique', faut pas dire si on aime ou si on aime pas, mais si la citation est vraie, ou fausse. Généralement, le plan est en deux parties + un concenssus, mais en seconde, on se limite à oui, puis non.
Quand on a un thème, la première partie développe très souvent ( c'est le plus simple ) la démonstration qui permet de dire qu'il a raison, alors que la seconde réfute ses propos en élargissant le panel d'exemples.
Par exemple, prenons une affirmation de Maupassant comme quoi 'Le romancier ne doit pas amuser le lecteur mais le pousser à la réfléxion à travers de l'image du monde qu'il donne dans ses romans'.
La première partie développera la confirmation de cette idée aux travers de trois axes, illustrés d'exemples.
- Divulguer à la Société un monde de pauvreté volontairement caché par l'État en place pour éviter qu'on ne le critique. Ex : Le Père Goriot, Les Misérables...
- Proposer une littérature engagée qui se propose plus d'ouvrir des pistes de solutions qui résoudraient les problèmes soulevés dans la trame scénaristique. Ex : Germinal ( le socialisme.. )
- Perception du monde par rapport aux réactions mentales de personnages face à un évènement donné. Ex : Le Classicisme, qui propose une analyse psychologique des sentiments face à des actions simples à travers du roman. Peu d'actions mais répercussions longuement et finement décrites ( La Princesse de Clèves, de Mme de La Fayette ; description des sentiments des personnages face à une femme qui tombe amoureuse d'un autre ). Le Message, d'Andrée Chédid décrit la bipolarisation des personnalités face à la guerre, et face au drame personnel qui est ici présenté. Les personnages secondaires vont se sentir concerné par le malheur de cette femme, qui ne pourra pas prouver à son amant qu'elle l'aime, atteinte d'une balle dans le dos. A partir de cet évènement, chacun est renvoyé dans ses souvenirs, la femme blessée représentant pour eux une face refoulée de leur intimité que cette situation se met à révéler au fil du roman.
La seconde partie réfutera cette suggestion en élargissant le panel d'exemples aux romans n'ayant pas pour priorité la ligne de conduite fixée par Maupassant.
- Les romans d'aventure, les romans épiques. Effectivement, c'est ce style de roman qui est en opposition radicale avec ce la description du roman effectuée dans la citation remaniée plus haut. Robinson Crusoë, de Defoe, ou encore Le Tour du monde en 80 jours, de Jules Verne sont des exemples de romans ne cherchant pas à dénoncer, ou à faire transparaître une vision du monde au lecteur cherchant à attiser une certaine critique sur ce dernier de la part du lecteur. Quant aux romans de chevaleries, et Chansons du Moyen-Âge, ils sont trop stéréotypés et suivent une ligne de conduite identique chez la grande majorité des auteurs, ce n'est donc pas une vision du monde selon la perception de ce dernier. La quête du Graal, la conquête de la femme, les défis insurmontables, les héros, leur puissance, leur carrure, leur intelligence volontairement grossis pour former une certaine admiration chez le lecteur, et ne peut être une perception du monde qui est propice à critique fondées, celui-ci n'étant pas représentation de la société dans laquelle les humains vivent. La décalage formé entre ces romans et le monde réel contredisent l'affirmation de Maupassant.
- Les caricatures et l'hyperbolisme de certains genres littéraires. La Préciosité et le Burlesque sont deux courants du XVII. Le premier courant est trop 'cliché', et a des thèmes de discussions trop restreints, l'amour, toujours l'amour, jusqu'a saturation ( L'Astrée, d'Urfé ; Clélie, de Scudéry ). Les paysages bucoliques, les amours à toutes les sauces, situations qui tournent au mélodrame ( trahisons, meurtres, etc... ). On ne réfléchit pas à ces situations, qui sont invraisemblables dans un monde réel dans lequel les habitants ont plus de préoccupations que celles avancées dans ce courant littéraire. Le burlesque, lui, est une dénonciation à l'extrême raffinement de la Préciosité, en présentant dans ses histoires ( Le Roman bourgeois, Furetière ; Le Roman comique, Scarron ) des actes répugnants ( verser un pot de chambre sur la tête d'un homme, par exemple ). Il n'y a aucune présentation du monde qui pousse le lecteur à réflexion, et le Burlesque est en inadéquation avec les propos de Maupassant.
- Les travaux du texte sur la forme peuvent aussi servir de contre-exemple. En effet, le XX siècle introduit dans la littérature des courants tels que Le Nouveau Roman et l'Oulipo. L'Oulipo propose, pour redonner une fraîcheur au genre du roman après des siècles d'exploitation d'une pareille forme scripturale, en jouant avec les bases de la syntaxe de la langue française. Ils vont s'interdire des lettres, comme la lettre 'e' dans La Disparition de Perrec, s'imposer des rythmes de texte, des mots à utiliser, des formes syntaxique à respecter.. Des systèmes de plus en plus complexes ont été inventés au fil des ans, comme la méthode du " S+7 " qui consiste à choisir des phrases et, avec le dictionnaire, à choisir le mot d'une classe apparaissant après 6 autres à partir du mot choisi au départ dans la phrase. Malgré la brièveté de ce courant, son originalité se basant sur le travail de la forme du récit, et non du fond comme le prône Maupassant est une opposition à souligner pour enrichir la banque de contre-exemples développée dans cette seconde partie. Le Nouveau Roman, quant à lui, effectue des changements au coeur même des bases formelles de l'écriture d'un roman : perception de l'environnement, chronologie, restitution des éléments, comme dans Enfance, de Sarraute qui retrace son enfance à travers un roman auto-biographique qui chamboule les fondements du roman en tant que tel : Pas de trame chronologique suivie, les souvenirs ne sont pas restitués selon leur place dans le temps, des parcelles de pensées entrecoupées de blancs qui font transparaître des oublis au fur et à mesure que l'on retourne dans le passé, deux narrateurs, celui qui restitue les évènements ( Sarraute ), et celui qui vérifie son exactitude ( sa conscience ).
Conclusion : Maupassant a été trop contemporain dans son affirmation, en se basant sur les œuvres sorties lors du Grand Siècle du Roman, qui sont pour la plupart des romans qui présentent le monde tel que l'auteur(e) le voit. La manière par lesquelles les scènes sont présentées influent sur l'impact de réflexion du lecteur à propos des causes, des conséquences et de l'étude des solutions, si elles sont proposées dans le roman même, de l'écrivain pour venir à bout des problèmes évoqués dans son récit.
Mais il a oublié dans ses propos un pan entier du genre du roman, qui consiste à raconter des histoires permettant au lecteur de s'évader dans un monde en décalage avec celui qui est le sien, ou qui cherche à critiquer d'autres courants de la littérature, ou à innover par rapport à la syntaxe, à la structure de la langue employée dans l'œuvre, à la manière de l'exploiter pour attirer le lecteur par la fraicheur de l'idée, et ainsi, garder un certain public lassé de la surexploitation de la langue traditionnelle par les courants littéraires antérieurs..
Merci d'avoir lu ^_^